15.12.2009
Je (ne) me souviens (pas) de Vegas
Ouvrir l’œil à Las Vegas, Nevada
La ville de néon surgit au crépuscule. L’air est glacé, coupant. Etouffant cependant. La route est sèche, plane. Elle traverse des nulles parts qui font à
chaque fois des clins d’œil de cinéma et s’effacent sitôt embrumés de poussière. La route donne la fièvre. Le ciel bascule orange. Puis la présence de
la ville se pose à l’horizon sans dessiner aucun contour. C’est un halo traversé liquide de zébrures, de secousses ; ce sont des gerbes de
clignotements pourtant gazeux ouatés. Ce n’est ni de l’eau, ni vraiment de la lumière, ni du lavis ni rien de connu. Est-ce crémeux ? Pourtant, des
étincelles.
L’approche de Las Vegas écœure. Par la route désertique, du mal au cœur, du mal au ventre, les lignes droites jusqu’à l’absurde. Parallèles et
perpendiculaires pires que lacets de sierras.
Puis ce n’est plus la chantilly, la nausée de sirops répandus. Les flaques floues sont devenues des murs, des écrans, des murs d’écrans. Pixels
scintillent, bandeaux de néon bavent, tressautent.
Les voitures larges et longues, de vitres et de chromes opaques, roulant au ralenti, se strient de lumières en miroir, acier coupant nappé de glu fluo.
Elles font à l’œil de poisson des messages en morse, filures lumineuses comme à la chambre photographique en temps de pose, que ponctuent les
feux de circulation, voyants témoins pendus à leurs potences de filins qui luisent. Cela fait des bip-bip-tac dans la marée de glissandos d’aquarelle
chimique. Vegas.
Un trouveur de pépites d’or balance sa battée en clignant de l’œil, un œil d’un mètre carré et 770 lux. L’air chaud, que refroidit la nuit au mercure, bat
d’être pulsé, pompé par les essaims de climatiseurs. Un cliquetis de tambours à cerises, étoiles et jokers, tintinnabulis de ronds de métal. Même les
billets verts brassés ébouriffés au ventilateur tintent en s’entrechoquant. Cela se fond et s’enchaîne. Par dessus les cymbales d’orchestre et les
frottements de cuisses des bas nylon des girls, fusent les sirènes à quatre tons, décalées, des limousines de police et des jackpots gagnants.
En fond de piano jazz au kilomètre et ding ding des whiskys sodas bourrés de glaçons à la gueule, la musique d’ambiance est faite des hurlements de
jets et de Boeings qui décollent et se posent, des chuintements d’ascenseurs qui filent, des trieuses de billets, des ensacheuses de pièces. Et
jappements de coyotes des chasses d’eau en cascades.
Plus loin, touchés et mordorés par le nuage de lueurs et de gaz carbonique de Vegas, Nevada, les brochets mutants vrillent le béton et les
enrochements du Boulder Dam ; les écureuils et les ratons laveurs sabotent les pistes de remise des chasseurs Starfighters et bombardiers géants,
cernées d’agaves.
Diogène repose dans son StationWagon Buick. Le hot-dog ne fait plus frissonner sa narine. Il porte trois piercings à l’oreille droite.
Il cherche un homme.
12:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.12.2009
Le facteur est passé
1/
26 novembre 2009
Monsieur, Cher ami,
Votre message et l'encouragement qu'il représente m'ont beaucoup touché. J'y ai été particulièrement sensible à un moment où, attaqué de toutes
part, j'avais besoin de marques de confiance.
Votre amitié m'est précieuse.
Mille mercis.
Je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de mes sentiments les meilleurs et de mon meilleur souvenir.
F. M.
2/
29 XI 09
cher J. B.,
que vous dire ?
que votre lettre me touche et promène
une émotion entre tête et coeur -
J'étais absent depuis une quinzaine
pour des lectures, les dernières à A.
et à R., dont je reviens.
Je crois qu'avec
le temps, le risque qui importe est de
pousser la raison à verser dans son
contraire, dans ce qui la nie, mais
je ne suis sûr de rien -
merci en tous cas et
de tout coeur vôtre
B. N.
09:52 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06.12.2009
Coups de trafalgar
Non, la vieillesse n’est pas toujours un naufrage. D’ailleurs, rien n’est toujours ceci ou cela. Et, s’il n’y a que les imbéciles qui ne changent jamais d’avis,
il y a aussi des cons qui changent d’avis. Au demeurant, si le doigt qui montre la lune est plus intéressant que la lune, on a raison de faire ce qu’on veut
(même si, le plus souvent, on est un qu’on).
Donc la vieillesse n’est pas toujours un naufrage, en revanche (et par contre, si on me cherche), elle être un accident industriel grave. Avec victimes et
dommages collatéraux.
06:09 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note






