26.10.2009
Soulages
Une oeuvre m'intéresse, dit Pierre Soulages, "parce qu'elle est un objet poétique qui me permet, quand je le regarde, de vivre d'une manière intense."
Léopold Sédar Senghor, visitant l'exposition Soulages au Centre Pompidou, il y a trente ans : « un coup de poing dans l’estomac ».Soulages dit : « La réalité d’une œuvre, c’est le triple rapport qui s’établit entre la chose qu’elle est, le peintre qui l’a produite et celui qui la regarde. »Quand je regarde cette peinture - « la chose qu’elle est » - face à face, où est le troisième terme, le peintre ?
C’est une « œuvre qui propose une expérience physique », écrit Pierre Encrevé.Soulages dit : « Je crois que je fais de la peinture pour que celui qui la regarde - moi comme n’importe quel autre - puisse se trouver face à elle, seul avec lui-même. »Il dit (à un journaliste, pendant l’accrochage) : « Non, pas de biais. Placez-vous face à la toile. Là, vous voyez… »Où se tenir ? D’où regarder ?S’immobiliser ? Bouger sans cesse et jouer avec la lumière ?En face à face, seul… ?
Avec Pierre Soulages, on en revient toujours à l’enfance. Sa première visite à l’abbaye romane de Conques, avec sa mère (« tremblant de peur devant la statue de Sainte-Foy, son regard, sa quantité d’or et de pierres ») ; puis l’excursion scolaire, il a 12 ans. Le professeur de lycée veut « démontrer la maladresse des sculpteurs romans ». Soulages : « J’étais furieux, ce n’était pas maladroit. Cela me touchait. La musique des proportions, l’espace architectural, l’émotion. »« Maman, le noir n’est pas forcément le deuil ».D’où tenait-il ce savoir ? (du scintillement gris argent de la Méditerranée… des voilettes de deuil de sa mère et sa soeur au soleil d'un cimetière presque marin… des nuits étoilées lavées par le mistral…)
Le petit Pierre qui jouait avec de l’encre et du papier aurait dit : « Je fais de la neige. » « J’avais dû essayer de rendre le papier plus blanc par contraste. J’ai commencé à réfléchir à la peinture assez tôt, sans le savoir. J’aimais peindre. » On naît peintre ? On naît Soulages ?
Marie-Dominique Lelièvre écrit dans Libération : « Qui n’a pas joué avec de l’encre et du papier ? C’est peut-être pour cette part enfantine que les Français l’approuvent aujourd’hui ».
Une nuit de janvier 1979, Soulages « patauge » dans la pâte noire. Et puis quelque chose surgit, une peinture « autre » est possible… Que s’est-il passé cette nuit-là ?
Le petit Pierre se rebelle et s’évade de l’école où on lui avait donné une punition.Le petit Pierre regarde une tache de goudron par la fenêtre de la classe.L’étudiant brillant admis à l’Ecole nationale des beaux-arts « prend ses jambes à son cou ». Il rentre à Rodez et prépare le professorat de dessin à Montpellier.Quel professeur de dessin aurait été Soulages ?
Les artisans de son enfance (gestes, savoir-faire) (artisan/artiste) – les outils (balais, brosses, racloirs, tous pinceaux, morceaux de cuir), les supports (papiers, toiles….), les matières (brous, huile, acrylique)...Les révélations : Lascaux et Conques.
Une jeune fille visite l’exposition. Elle dit à sa mère : « Ben oui… Y’a d’la lumière dans la nuit ! »
22.10.2009
ET MILOU ?
Tintin au Congolistan
Cela devait arriver. C’est fait. C’est à Brooklyn : Tintin au Congo retiré des rayonnages d’une bibliothèque publique. « Véhicule d’image dégradante », etc. Le syndicat des Rastapopoulos se mobilise. Les louves outragées par l’image de la Castafiore montrent les dents. Les pas-bien-entendants anti-Tournesol manifestent sur Sonotone avenue.
La case de l’oncle Tom, Robinson Crusoë (ignoble image de Vendredi !), et l’Odyssée (borgnes outragés, entre autres) rejoignent La peste (amis des rats en rut) et Le petit Nicolas (torchon sexiste) dans l’enfer des médiathèques numérisées.
Nous vivons une époque moderne.
Libération nous présentait, dans ses pages « mode du temps présent », le burkini : maillot de bains féminin exemplaire pour les piscines néerlandaises gardées par des escouades de barbus, au pays du shit en vente libre et des vitrines de velours éclairées de l’intérieur (tel un Vermeer).
L’avant-veille, dimanche 30 août 2009, à Paris, ville lumière des lumières, je cheminais rue Gutenberg. A proximité de l’Imprimerie Nationale où rouillent les plombs, au temps du libéralisme pragmatique et des nains Minc & cie.
J’y croisais une femme voilée accompagnée, à bonne distance, d’un homme barbu en robe et petit bonnet. Cette femme poussait un fauteuil roulant où était assise une jeune fille (à en juger par les yeux) « vêtue » d’un hijab hermétique.
Nous vivons une époque moderne.
A quoi bon, camarade Gutenberg, avoir inventé l’imprimerie ?
JB.
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