03/02/2012

Pierre Sudreau

sudreau,résistance,déportation,le pen,buchenwaldJe me souviens de Pierre Sudreau qui s’est envolé dimanche 22 janvier aux Invalides.

Je me souviens comme il aimait à raconter, pour la mille et unième fois, comment il était devenu le petit filleul de pension de Saint-Exupéry ; leurs déjeuners près de l’aérodrome ; l’écharpe que petit Pierre, garçon blondinet et fragile, portait toujours autour du cou ; les croquis de Saint-Ex sur le menu du restaurant. Oui, il était persuadé avoir été le frère du Petit Prince.

Je me souviens qu’il parlait aux oiseaux, sur le terre-plein de l’avenue de Breteuil. « Vous allez voir, les oiseaux des Invalides me connaissent. Ils savent que j’ai toujours voulu voler comme eux et que j’y suis parvenu. » Il accrochait sa canne à son bras et sortait des poches de sa veste des poignées de miettes de pain. Puis il vous quittait, redressé au garde-à-vous, en claquant des talons : « N’oubliez pas, c’est marche ou crève ! »

Je me souviens qu’il disait qu’il n’y avait pas d’oiseaux à Buchenwald. Qu’il y avait appris l’Europe. Qu’il y récitait du Goethe, ne s’étant jamais résolu à confondre Allemagne et nazisme, même là-bas.

Je sais qu’il dirait aujourd’hui qu’il n’est pas mort. Il disait que cela ne pouvait pas lui arriver : « Je ne crains rien, je suis déjà mort une fois».

Enfin, parce qu’il disait qu’enseigner la vigilance c’est être fidèle à la Résistance, je crois que c’est honorer sa mémoire de rappeler qu’il éprouva, sans en être étonné, en quels mots et sous quels visages la haine survit à tous les « plus jamais ça ». Ainsi, lorsqu’à l’hiver 1986 le maire de Blois interdit au Front National de tenir un meeting dans sa ville, Jean-Marie Le Pen vint livrer aux journalistes son explication de l’attitude de Pierre Sudreau : « Quand on a ramassé à Buchenwald quatre bouts de pain jetés dans la boue par les communistes, on les paye toute sa vie. »

 

Jacques Bugier.