17/04/2012
Etonné
Le matin est enfant. Le vent, caresse. A la lèvre du ruisseau, les rosiers sous la rosée ont des silhouettes de choux frisés. Un oiseau dodeline. Son bec est orangé. De hautes fleurs jaunes effrangées s’ébrouent. Leurs tiges sont hérissées de poils duveteux où des grappes de gouttelettes scintillent. Plus loin sous le soleil, des touffes safran sont les ventres pelucheux de canards assoupis. Ils palpitent.
Avec la vapeur du café au-dessus de la tasse des volutes de mots fument du paysage. Et les joues des nuages se prêtent aux visages de ceux que j’aime.
Je suis vivant. C’est cela l’étonnant.
Dans ce jardin j’écris. Et je t’écris que, non, tu ne t’émiettes pas, tu miroites. A cet instant où je m’adresse à toi, tu condenses les autres. Tous. Mes autres, est-ce que cela peut se dire ? A cet instant, dans le désir, la tendresse et la nostalgie douce, tu les résumes et les rassembles.
Etre vivant, c’est cela l’étonnant après toutes ces jachères.
Je voudrais savoir le nom des arbres. J’ai tant abandonné de moi à fuir les ombres d’arbres qui n’avaient pas de noms. Ah, ces énumérations à la nuit venue, pays et villes par ordre alphabétique, pourtours de mers, listes de personnages, feuilles de dictionnaire, récitations en boucles, pour repousser la pensée, le manque, l’absence, l’effroi.
Il vient le souvenir d’une terrasse qu’ombrage un micocoulier. D’une autre, plus haute, où pleure un acacia. Des amandiers, encore. Un cèdre foudroyé dans une maison d’enfance. Des serments parjurés, des bouleaux à l’écorce piquée, des bouffées d’orgueil assassin, des sourires qui blessèrent…
C’est une forêt profonde. Comment s’y avancer à visage découvert. Comment ne pas s’y enfoncer.
A celle qui m’a dit : « Toi aussi, tu peux toucher la lune ! » et « Es-tu assez fou pour l’aimer toujours ? », je réponds oui et oui.
J’écris, étonné et vivant.
16:26 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écriture, lune, micocoulier, acacia |
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Commentaires
une bonne nouvelle dans le Loir et Cher.
ici il y a beaucoup d'arbres : des kaoris, des niaoulis, des bois de fer, des bois noirs, des banians, des pins colonnaires, des cocotiers aussi bien sûr
Écrit par : christine choffey | 19/04/2012
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