20/04/2012
In memoriam
Le Monde, vendredi 5 juillet 2002
L'hôte de l'abbaye cistercienne
de Sénanque
Emmanuel Muheim s'est éteint, mardi 2 juillet, à l'hôpital de Cavaillon,Vaucluse.
Suisse et savoyard, né le 23juillet 1923 à Vallières, Haute-Savoie, ce montagnard accompli s'engage tout jeune dans la Résistance.
Dans une première vie, poète et paysan, il dirige le domaine familial, fédère les producteurs de pommes et baptise les «Vergers de l'Albanais », écrit et correspond avec les poètes de son temps.
Sa vie bascule en 1968: la rencontre d'un homme, l'industriel Paul Berliet, et d'un lieu, l'abbaye cistercienne de Sénanque, Vaucluse, au pied des hauts murs de Gordes. Sénanque, que n'occupent plus qu'une poignée de moines âgés, se meurt. Berliet puis la régie Renault sauvent l'église et le cloître des XIIe et XIIIe siècles.
Emmanuel Muheim l'habite, avec son épouse, Anne Stancioff Muheim et leurs cinq enfants. De 1969 à 1988, le Centre de rencontres de Sénanque sera l'un de ces lieux d'effervescence et de retrait où historiens et poètes, spécialistes des religions, artistes et sociologues échangent sans frontières. L'abbaye s'ouvre aux visiteurs – ils sont près de 20 000 par an dès 1988 - se dote d'une librairie, d'une hostellerie.
"Chercheur de lumière"
Emmanuel Muheim, tout en poursuivant une oeuvre poétique exigeante - L'Aïeule, Sur les brisées de sable, De blanc incendié (éditions Créaphis et Eliane Vernay) - écrivant l'histoire de la Durance ou des abbayes de Provence, publiant ses entretiens avec des peintres ou des religieux - Le Moine et le Poète (Albin-Michel) - noue les amitiés, tisse les rencontres les plus improbables.
En ce lieu où sont «perceptibles », lui écrit son ami Georges Duby, « les ordonnances de l'univers et les attributs de Dieu », vingt années durant s'entrecroisent François Cheng, Alain Touraine, Jean Tinguely, Michel Rocard, Edgar Morin, Claude Geffré, Henri Maldiney, des rabbins et des jésuites, des soufis et des Touaregs, des philosophes et des peintres.
Pierre Mendès France, assis sur les dalles de la nef, écoute chanter sœur Marie Keyrouz. Les films de Tarkovski sont projetés sur le mur aveugle de la nef. Danielle Mitterrand monte à la bergerie, où un ermite veille les ruches et les lavandes. Les gestes universels de la prière, les œuvres de jeunes artistes contemporains, la redécouverte de la musique baroque font étape à Sénanque, si loin et si près du Luberon devenu chic. Dans ses mémoires du lieu – Les Ecrits de Sénanque (Albin Michel) - il note: «A vivre chaque jour à Sénanque sous l'autorité d'une architecture aussi rigoureuse, on ne peut qu'obéir à une parole, même secrète. Ou capituler.»
Entre la perte cruelle d'un fils emporté par les neiges et la «normalisation» de l'abbaye rendue aux cisterciens, ce « chercheur de lumière » iconoclaste, poète de peu de mots et peintre de peu de couleurs à la fin de sa vie, a capitulé sur le seuil d'une parole qu'il sut toujours inaccessible.
Jacques Bugier.
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17/04/2012
Etonné
Le matin est enfant. Le vent, caresse. A la lèvre du ruisseau, les rosiers sous la rosée ont des silhouettes de choux frisés. Un oiseau dodeline. Son bec est orangé. De hautes fleurs jaunes effrangées s’ébrouent. Leurs tiges sont hérissées de poils duveteux où des grappes de gouttelettes scintillent. Plus loin sous le soleil, des touffes safran sont les ventres pelucheux de canards assoupis. Ils palpitent.
Avec la vapeur du café au-dessus de la tasse des volutes de mots fument du paysage. Et les joues des nuages se prêtent aux visages de ceux que j’aime.
Je suis vivant. C’est cela l’étonnant.
Dans ce jardin j’écris. Et je t’écris que, non, tu ne t’émiettes pas, tu miroites. A cet instant où je m’adresse à toi, tu condenses les autres. Tous. Mes autres, est-ce que cela peut se dire ? A cet instant, dans le désir, la tendresse et la nostalgie douce, tu les résumes et les rassembles.
Etre vivant, c’est cela l’étonnant après toutes ces jachères.
Je voudrais savoir le nom des arbres. J’ai tant abandonné de moi à fuir les ombres d’arbres qui n’avaient pas de noms. Ah, ces énumérations à la nuit venue, pays et villes par ordre alphabétique, pourtours de mers, listes de personnages, feuilles de dictionnaire, récitations en boucles, pour repousser la pensée, le manque, l’absence, l’effroi.
Il vient le souvenir d’une terrasse qu’ombrage un micocoulier. D’une autre, plus haute, où pleure un acacia. Des amandiers, encore. Un cèdre foudroyé dans une maison d’enfance. Des serments parjurés, des bouleaux à l’écorce piquée, des bouffées d’orgueil assassin, des sourires qui blessèrent…
C’est une forêt profonde. Comment s’y avancer à visage découvert. Comment ne pas s’y enfoncer.
A celle qui m’a dit : « Toi aussi, tu peux toucher la lune ! » et « Es-tu assez fou pour l’aimer toujours ? », je réponds oui et oui.
J’écris, étonné et vivant.
16:26 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écriture, lune, micocoulier, acacia |
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Zappeur et sans reproche
Brice Teinturier commente une étude des comportements électoraux dans Le Monde :
"La volatilité électorale croissante renvoie à une caractéristique majeure de la société française : l'infidélité, des marques, des consommations et des modes de vie conjugaux. Autant la loyauté était hier connotée moralement, autant l'infidélité est aujourd'hui revendiquée."
Surtout, ne pas risquer d'être "un imbécile qui ne change pas d'avis".
Je quitte donc je suis libre.
Je bouge donc je suis.
Je prends, je jette.
Je.
16:14 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : brice teinturier, loyauté, volatilité électorale |
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