27.08.2009

L'horloge de la gare

Les aiguilles de l'horloge de la petite gare en bois d'Astapovo, à 350 kilomètres de Moscou, sont arrêtées sur 6 h 05, l'heure de la mort de Léon Nikolaïevitch Tolstoï, au matin du 7 novembre 1910. 

Cat automne là, Tolstoï, 82 ans, voyage en troisième classe en compagnie de sa fille Alexandra, de son médecin et d'une amie de sa fille. Il descend du train le 31 octobre à 18 h 20, fatigué, pour se reposer quelques heures dans ce village de blé et de farine. Le chef de gare, Ivan Ozoline, lui offre l'hospitalité dans son isba voisine de la gare. TolstoÏl est en route pour le terminus de la ligne, Rostov-sur-le-Don, où il va rendre visite à une nièce et compte ensuite gagner le Caucase ou la Bulgarie. Il a quitté son domaine de Iasnaïa Polania en pleine nuit, laissant une lettre à son épouse, faisant part de son projet : "vivre selon le Christ". 

Sur une photographie prise à Astapovo par un reporter, on voit madame Tolstoï, Sophia Andreïvna, arrivée sur place par un train spécialement affrété, tenter de regarder à l'intérieur de la maison où agonise son mari, par une fenêtre, de la rue : sa fille Alexandra lui en interdit l'accès.

Sur le mur de la chambre de la maison du chef de gare, là où mourut Tolstoï, quelqu'un a tracé sur la tapisserie du mur le contour du corps de l'écrivain en suivant l'ombre portée par une bougie.

(Récit glané dans La Croix d'aujourd'hui : quatrième épisode de l'excellente série d'Alain Guillemoles "Sur les pas de Léon Tolstoiï")


18.08.2009

A bord de la Borde

effervescence de connivences

 


15 août, Assomption noyée de soleil.

Fête à la clinique de la Borde, château et parc près de Cour-Cheverny.

La Borde : clinique, psychothérapie institutionnelle, grands arbres, créée et toujours dirigées par le Dr Oury ; château de fous plus connu du public en théâtre d’interventions et dérangements de Félix Guatari.

Fête : repas champêtre, buvettes, exposition aux grilles du tennis, stands de cartes postales arrangées, d’artisanat du Vietnam, de Côte d’Ivoire, de miel, de soieries, de photographies, de sorbets, de brocante, de livres et de films. Et spectacle théâtral et musical sous les grands arbres.

 

1- Du programme de la fête, extrait du texte de présentation du spectacle théâtral donné par trois troupes de pensionnaires et moniteurs :

 

(…) Et toujours travailler à maintenir le lien, communiquer, transmettre, restituer au Club et à l’institution la préparation de cet événement…

…du Club à tous les carrefours, en coulisses, en amont, (…) …et aussi la comptabilité, les affiches, (…) …et aussi les rassemblements, les goûters, les éclats de rires, la course aux chaises…

et toujours : le quotidien des soins, la fragilité de chacun, l’attention de tous…

 

 

2- L’éditorial du Dr Oury, dans les Nouvelles Labordiennes spécial fête, Le Retour :

 

Retour, toujours d’événements – microévénements – qui reviennent, mais jamais tout à fait les mêmes.

Retour, variations sur les « entours » ; « l’ambiance » toujours à refaire, tel le ressac de la mer.

 

Toujours la « reprise ». Un détail suffit  - une exclamation, une virgule – pour que tout change, et parfois que tout commence. C’est d’autant plus aigu qu’une simple intonation, un geste, un vrai silence peut augurer d’une nouvelle existence, sans préjugé de pérennité. Ce doit être ça qui est en question  - à bas bruit -  dans ce qu’on appelle encore « fonction d’accueil », laquelle est toujours à la limite de s’effacer dans la monotonie, le ressassement camouflé de cette fameuse « vie quotidienne » qui vire toujours vers les stéréotypies, les « fétichisations », etc…

 

Car ici, plus qu’ailleurs ( ?), il est chroniquement urgent de reprendre pour chacun sa propre histoire, à travers le souvenir de souffrances, d’événements passés inaperçus, « ouverture » vite recouverte par la monotonie des habitudes sociales.

 

Chaque année, ici, depuis bien longtemps, il y a effervescence dans le multiple, dans les manifestations « collectives » ( ?), « polysingulières », effervescence de connivences qui essaie de faire bouger des plages d’habitude, des chevauchements de strates durcies par les préjugés de ce qu’on nomme encore « vie sociale », « collectivité »…

 

Ce texte, à la va-vite, dans sa « précarité », n’est qu’un signe pour ce jour.

 

Le 15 août 2009, Jean Oury.

 

Notes :

1-     La Borde sur internet : premier site sur la page Google.

2-     La notion  - posture, figure -  de « saint » a-t-elle du sens ? Et « saint laïc » ? Si oui et oui, le docteur O.

17.08.2009

re-conci-lier

Réconciliation.
 
La phrase de Cheng : « tout vrai voyage est la transmutation d’un voyage qu’on a déjà fait en soi, un soi qui cherche à ses transcender en vue d’un dépassement, d’une réconciliation. »
Donc, se réconcilier avec soi-même ? (pari : on a été « concilié »)
Avec quel épisode, quels moments, quelles traces, se réconcilier ?
Comment, à quoi bon, serait se réconcilier avec la trahison, lâcheté, mensonge, sabotages ?
Se réconcilier avec l’enfant ? Il était grimace et refus. N’était-il que cela ?
Non, c’est plus avant : se réconcilier avec l’apprentissage de la marche, la découverte des couleurs puis de leurs noms – les émerveillements, le chant. Se réconcilier avec les odeurs du monde, le toucher.
Se réconcilier avec les cauchemars ?
Réconcilier : remettre ensemble ce (ceux) qui était brouillé – embrouillé ; ré-entrer en communion, dé-brouiller.
Il y aurait, d’abord, se réconcilier avec l’enfant. Mais quel enfant ? L’enfant  reconstruit, l’enfant image, l’enfant souvenirs, l’enfant survivant ou un enfant intact qui serait toujours là ? Mais l’enfant déconstruit prime. Qu’est-ce qui a refusé l’enfance au cœur même  de l’enfance ? Qu’est-ce qui a effacé - non-enregistré – les souvenirs d’enfance ? (– parce que non-vécus ?)
Si c’était dans la posture du spectateur, il y aurait du souvenir, des images. Quelle posture, alors ?
 
Se réconcilier avec soi-même mais il n’y a pas de « même » : il y en a mais c’est l’illusion (la drogue) la plus mortifère : celle du miroir.
Ça vit quand, si, il y de l’autre. Se réconcilier avec soi-autre ?
Se réconcilier avec là où il y a de l’autre.
 
Ils étaient brouillés, ils se réconcilient. C’était brouillé, réconcilier. Voir . Mettre ensemble : écrire un récit. Il y a de l’autre : être l’autre de l’autre… Se réconcilier avec …. (le monde).
Pour ce faire, comme il avait été absent à sa propre enfance, il lui fallait la reconfigurer. Ou, plus simplement, faire émerger l’enfant. Lui ouvrir un espace. Faire ce pari : il est là.
Il y avait, dans cet enfant-là, un adulte bancal, un avorton d’adulte, qui se nourrissait de l’enfant, l’amputait, et perdura : dans l’enfant-dans-l’adulte. Un asphyxieur. Une fausse route. Comme un œuf vide resté en travers de la gorge puis mal aiguillé à l’œsophage. Un autre était dans l’enfant pour empêcher l’avènement de l’autre.
Il y avait « un » autre qui prenait l’espace de « l’ » autre. De l’autre tordu, du soi falsifié.
Ça bouffait la place de l’autre. Il faisait tout seul l’un et l’autre. Exemple : la masturbation dans la figuration : défiguration ; la masturbation sous le regard de l’autre            - réel ou absent - : ça marche (dans le sens de la vie).
 
Se réconcilier avec l’autre de l’autre. (être « soi » pour pouvoir être un autre pour l’autre –comme aussi l’autre pour un autre…)
Réunir ce qui est divisé : mettre en trois ensemble un « un » divisé, brisé ; mais non pas trafiquer de l’ « un », coller des morceaux. (Je dis « en trois » - symbolique des souffles du yin, du yang et du vide médian- retour à Cheng, symbolique qui en vaut une autre… - je veux dire ensemble et en mouvement les parties, pas du bricolage factice et de l’illusion d’unité, etc .)
 
Donc…
Non pas se réconcilier avec soi-même mais se réconcilier avec la place de l’autre et avec l’être au monde.
Se réconcilier : détordre tout ce qui encombre la place, l’espace de l’autre.