06/08/2011
Dans l'atelier d'Hélène Muheim : les endormis
Tes endormis ont sous la joue et sous le ventre des paysages que n'habite nulle autre présence humaine. Ils dorment sur la crête des vagues, sur la ligne des collines, au sommet de chaos et d'éboulis de rochers, là-haut à la cime des feuillages. Ils dorment en lisière avec le ciel, cieux blancs comme sont leurs regards sous leurs paupières, sans nuages ni étoiles. Sereins et absents, abandonnés et confiants, ils dorment sans rêves. Sous eux, la terre peut bien gronder, l'océan peut se tordre et se gonfler, les arbres s'embraser, la falaise se fendre. Ils dorment. Apesantis. Pelotonnés ou dépliés. Le paysage sur lequel ils reposent se tient en respect tant pèse leur sommeil.
Allongés sur les ravins, étendus sur la houle, tes assoupis ne flottent pas, ne volent pas. Ils ne sont pas vaporeux, évanescents. Tant lourd est leur sommeil et profond leur secret.
D'ailleurs, ce sont des géants, enfants titans de la lune en plein jour.
Leur présence au monde est dans leur sommeil et leurs corps ne sont pas alanguis : posés en couvercles sur des pans de la terre, ils tiennent à l'équilibre, tendus, les fils des quatre horizons et les deux hémisphères et chaque pointe de la rose des vents. Et leur souffle est tranquille, puissant.
Tes endormis dorment tout habillés ; ils sont tombés là, de fatigue ou de paix. Les plis de leurs vêtements sont plus vivants que leurs visages qu'un repos si lointain tient à l'écart de nous, de toi, de tout.
Non, ils ne sont pas morts, ils dorment où tout arrive et où rien ne se dit. Où tout prend forme. Ils veillent.
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